Lettre à mes grands-mères - l'autre côté du voyageLettre à mes grands-mères

« Mes chères grands-mères,

Cette lettre, je souhaitais vous l’écrire même si je sais bien que jamais vous ne pourrez la lire. La vie est ainsi faite. Du bon comme du mauvais. Du bonheur comme de la tristesse. Des évènements que l’on préfèrerait qu’ils ne surviennent jamais. Seulement, ce n’était pas à moi d’en décider. Il en a été ainsi.

Trois semaines ! Déjà trois semaines que je suis rentré en Belgique. Trois semaines que je réalise réellement cette différence, ce manque, cette attente inassouvie de vous revoir.

Les dates du 17 février 2016 et du 31 mars 2016 sont pour moi des dates marquantes. Deux dates où j’étais éloigné de la Belgique, deux dates où j’étais éloigné de vous et deux moments où j’ai appris ces mauvaises nouvelles. Le temps passe et ces deux moments sont gravés dans ma mémoire comme un souvenir ineffaçable.

Je suis de retour au pays, auprès de ta fille, auprès de ton fils. Quelque chose a changé. Vous n’êtes plus là. Tout doucement, même si c’est difficile, ils continuent leur vie, tentent de passer à autre chose. 7 et 8 mois sont passés pour eux depuis la terrible nouvelle où du jour au lendemain vous n’étiez plus là. Pour moi, c’est seulement maintenant que je suis en mesure de le constater.

Lorsque vous vous en êtes allés pour du bon. Hormis la tristesse de cette nouvelle, rien ne changeait dans mon quotidien canadien. Je ne vous voyais plus depuis plusieurs mois et je n’allais pas vous voir pendant plusieurs mois encore. Et pourtant… rentrer et réaliser la différence, c’est comme un choc. Ce choc qui te persécute de toutes parts.

Fini les repas ensemble un dimanche sur la terrasse autour d’un barbecue. Fini nos conversations en tout genre sur mes voyages, sur nos vies,… Désormais, nos regards ne peuvent plus se croiser.

Ces dernières années, j’ai pris beaucoup de photos de vous, elles sont les traces qui me restent en plus des souvenirs partagés ensemble.

Tout ce que je vois, au plus proche de ce qui reste de vous, c’est une pierre. Une pierre où pour moi il est difficile de réaliser que vos noms y sont inscrits, où il est difficile d’y lire «  2016 » marquant un terme à nos partages.

Partir un an à l’autre bout du monde pour vivre la plus belle aventure de ma vie, c’est aussi devoir risquer de faire face à cela. En un an, notre vie d’avant peut changer, peut ne plus être la même.

Chaque jour, je pense à vous. Oui, il n’y a pas un jour où ce changement si soudain ne m’attriste.

Que c’est étrange de ne plus vous voir sourire, de ne plus pouvoir partager tant de choses de la vie avec vous.

Que je regrette tant de ne pas pouvoir vous raconter toute l’aventure que j’ai vécue au Canada.

Nos regards éloignés, nos souvenirs gravés. Au revoir chères grands-mères.

Jamais, je ne vous oublierai.
Jamais, je n’arrêterai de voyager même si ce genre de moment est difficile à vivre. »

Jérôme
Votre petit-fils
1er novembre 2016

 

Il y a quelques mois, j’avais écrit cet article « Face au décès de proche en voyage » dans la souffrance qui me dévorait où voyage et décès se confrontaient.

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